Introduction

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Les Argenteuillais rencontrent Doze et La trocambulante
Dans le cadre du Mai des artistes, les Maisons de quartiers d’Argenteuil ont choisi Doze et La trocambulante, deux artistes singuliers et complémentaires partis à la rencontre des habitants et de leur mémoire. Ils proposent une démarche d’introspection identitaire, un voyage dans le temps et dans la Ville en confrontant des photographies puisées dans les albums de famille avec des portraits contemporains.
En réalisant une démarche de proximité, les artistes sensibilisent les habitants à travers une oeuvre collective. Alors que Valérie Police tisse avec eux un dialogue personnalisé au sein même de l’univers familial, Doze réalise leur portrait et recueille les témoignages. L’exposition se déroule en deux temps avec une présentation à la Cave Dîmière et des affichages extérieurs dans les quartiers.

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Nature du projet

LA PHOTOGRAPHIE AU SERVICE DES HISTOIRES FAMILIALES :
UN CHEMINEMENT DE LA SPHÈRE DE L’INTIME
VERS UN COMMUN QUI FÉDÈRE

Ne dit-on pas communément que les activités culturelles sont le thermomètre d’un dynamisme territorial ? Le plus difficile n’est pas d’impulser des activités culturelles via une dynamique de projet, mais de faire en sorte que ces activités fassent écho à l’identité d’un territoire et à ses aspirations. À plus forte raison, les œuvres doivent réussir à parler aux cœurs des habitants.

Doze et La trocambulante, deux artistes qui n’hésitent pas à rompre avec les idées reçuesse sont permis d’enrichir l’altérité d’un panel de familles d’Argenteuil. L’emprunt des histoires familiales s’est effectué sans tomber dans le panneau d’une confiscation narcissiqueCes histoires ne sont pas des faire-valoir au profit de desseins artistiques dont le but échapperait à ceux qui se sont prêtés au jeu. En se gardant de « mettre en boîte » et d’aseptiser ces histoires de familles, ils sont parvenus à les « augmenter » en jouant sur le fil d’Ariane de la mémoire collective. Au risque de filer la métaphore, nous dirons que la bobine était longue.  Connaissant leur penchant pour l’onirisme, savamment distillé tour à tour dans les fonds photographiques sélectionnés par
La trocambulante et au sein des créations ontologiques dépeintes par Doze, j’ai bonheur à constater que cette marotte pour la rêverie sensible s’inscrit également au centre de cette démarche.

L’exposition permet de s’immiscer dans l’intimité des rencontres. Dès lors que nous pressons le pas pour découvrir les différents portraits présentés à la Cave Dimière, notre imaginaire est invité à traduire les aspirations personnelles des familles en projections collectives. Ce jeu de vases communicants permet de façonner du commun. Du reste, que les protagonistes de cette démarche (institutionnels, habitants d’Argenteuil, professionnels de la culture et du lien social) se voient remerciés pour leurs contributions.

En toile de fond, il faut essayer de se représenter ce que l’exposition n’a pas directement vocation à montrer, à savoir le terreau fertile des rencontres et des témoignages recueillis comme autant de matières brutes. Même si l’intensité des rencontres n’est pas visible, elle est le liant du projet. Figurons-nous l’accueil fait aux artistes par les familles aboutissant au dévoilement consenti de leur intimité. L’ouverture des vieux albums familiaux ne pouvant être séparée des récits de vie teintés d’affects, insistons sur le caractère inestimable des témoignages rapportés. D’abord (r)assurés d’avoir bénéficié d’un rapport privilégié, ensuite, d’être devenus les garants de souvenirs précieux, les artistes en furent marqués. Saisies instantanément lors des rencontres, les  portraits de familles, faisant le parallèle avec les anciennes, questionnent : qui des artistes ou des familles ont été les plus marqués par ces échanges ?

Flottant dans les alcôves de la cave voutée, cette intensité se prête à entendre à travers la série de témoignages sonores proposée dans la deuxième salle consacrée à l’exposition. Dans l’écrin de la Cave Dimère, la parole des familles se fait enveloppante et chaleureuse. Le visiteur est invité à s’apaiser à l’écoute des souvenirs intimes. Les photographies pénètrent alors notre imaginaire d’une façon singulière. La comparaison spontanée que le visiteur exerce avec son historiographie familiale donne l’opportunité d’exhumer des fragments d’expériences communes à partager.

L’exposition à la Cave Dimière n’étant qu’une infime partie d’un tout plus subtile, les artistes se sont fait fort de déplacer cet « air en commun » hors les murs pour investir les quartiers de la Ville : Coteaux, Orgemont-Volembert, Centre-Ville, Val Notre-Dame, Val d’Argent Nord et Val d’Argent Sud. En extérieur, des collages monumentaux dévoilent subrepticement des portraits  et des photos de familles, les tirages en noir
& blanc habillent les façades d’immeubles. Ces portraits représentent des habitants de la Ville qui, en acceptant de se prêter à cette pratique poétique, deviennent œuvre à usage commun. Les courbes et profils des portraits rompent avec les constructions modernistes pour mieux en révéler le charme. A n’en pas douter, cette confrontation chatouille l’expérience niemeyerienne.

L’exposition « Un air en commun » s’attache aussi à apporter des éléments de réponses modestes, mais non moins précieux, à une question difficile que se pose l’homme en société : qu’avons-nous en commun ? La réponse des artistes ne manque pas d’air. Elle est ici sans appel, sans hésitation et sonne avec un « TOUT » retentissant. Parmi les trois activités humaines fondamentales, disait Hannah Arendt, il y a l’œuvre — à côté de l’action et du travail. Selon elle, l’œuvre confère une certaine permanence, une durée à la fragilité de la vie humaine et au caractère fugace du temps humain.

Les appétits mémoriels et les soifs d’interprétations pourront être assouvis par la fragrance de cette exposition qui opère une remise à flot de portions d’histoires. Pareil à l’identité, les images du projet ne sont pas figées, elles sont en mouvement perpétuel.

L’orfèvrerie réside aussi dans la justesse du maniement des superpositions historiques et artistiques. Pour preuve, l’affiche principale de l’exposition opère un balancier surprenant. Le résultat de l’immuable passage de relais entre le passé et le présent fait parfois surgir des mémoires qui nous dépassent. Grâce à la médiation d’une habitante, ma propre mémoire familiale se trouve à son tour galvanisée et restituée aux argenteuillais. Sur l’affiche principale, la photographie de mon père, François Massengo, en posture pugilistique, le corps altier, tel le héron de la fable, rend indirectement hommage à la Ville qui l’a fait connaitre en tant qu’éminent boxeur.

Lhouany Siessie 
— Urbaniste

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L’art du couple

Artistes pluridisciplinaires, Valérie Police et Lansy Siessie, couple à la ville et tandem artistique pour le Mai des artistes, confrontent l’art à la réalité du monde. Dont ils mettent en valeur les acteurs ordinaires. 

Elle est directrice artistique, lui est graphiste et illustrateur : la machine à rêves parfois désincarnés est leur quotidien. La quête de l’humain les a pourtant réunis pour le Mai des artistes. Paradoxal. Mais qui ne l’est pas ? Lansy Siessie, alias Doze, et Valérie Police semblent d’ailleurs en quête perpétuelle de ces points communs entre êtres humains. Balayant d’un revers de la main ce qui sépare. Prendre donc cette fameuse exposition « Un air en commun », projet présenté jusqu’au 14 juin 2013 à la Cave dîmière.

« Il s’agit d’une œuvre collective réalisée avec des Argenteuillais. Nous les avons rencontrés, dans les maisons de quartiers, lors de soirées, puis à leur domicile », précise Valérie. Lansy se chargeant des prises de vues, certaines étant faites dans la rue, comme des photos de mode. « Je cherche à montrer ce qui fait la valeur de chaque modèle », insiste-t-il. De son côté, Valérie enregistre leurs témoignages et collecte des photos de famille. Tous ces éléments présentés aux spectateurs dans une douce scénographie à la Sophie Calle, comme une délicate invitation à découvrir une intimité et à s’y reconnaître. Car l’on possède tous ces albums où l’on retrouvera la madeleine de Proust sépia où tonton Georges fait le pitre à la fin d’un repas. Points communs donc, quels que soient origine ou milieu social. « Nous désirions également mettre en lumière les mémoires d’une ville, pour en dresser la cartographie », ajoute Lansy. Mémoires d’Argenteuil la métisse, riche de sa diversité.

Les deux artistes n’auraient pas dû suivre les chemins de traverse de l’art. Plutôt les vertes routes normandes menant à la ferme familiale pour Valérie. Quand son compagnon, gentil géant de banlieue parisienne, a « toujours aimé dessiner », même si ses parents restaient méfiants. Point commun encore : ils sont aussi persévérants l’un que l’autre. Madame décroche l’école Estienne, quand Monsieur étudie l’art à la fac puis le design graphique à l’école des Gobelins. Directrice artistique pour des maisons d’éditions, Valérie développe en parallèle des projets, notamment au sein de La trocambulante, où elle constitue un fonds de photographies anonymes, que des artistes peuvent réutiliser dans leur propre travail. Du coup, elle a participé à de nombreuses expositions – Musée d’art contemporain de Strasbourg ou Lieu unique à Nantes. De son côté, Lansy, dingue de mangas, de jeux vidéos et de logos, de street-art ou de comics, parfois très pointus, en nourrit ses créations. Et tient avec sa complice à mettre l’art à portée de tous. À le faire humblement descendre de son piédestal, le libérer des galeries et des musées et le frotter à la rugosité de la vie. D’ailleurs pour leur contribution au Mai des artistes, certaines photos ont été collées à même les murs de la ville.

C’est en connaissant son instant décisif que ce touche-à-tout est retourné à la photographie. « À la naissance de notre fils il y a trois ans, j’ai ressenti le besoin de garder des traces de ce que nous vivions », rappelle-t-il. Élégance : l’héritier se prénomme Akemy, « joli crépuscule » en japonais. Autre retour : Argenteuil. Il y avait vécu enfant et se souvenait parfaitement de la fresque d’Édouard Pignon, avenue Gabriel-Péri. « Nous nous sommes installés il y a deux ans et nous ne regrettons pas ! », salue Valérie. Au fait, la photo qui a servi de visuel à l’exposition représente un boxeur, le père du photographe, qui a combattu à Argenteuil. La boucle est bouclée…

Stéphane Legras — L’Argenteuillais n°170 

 

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